Emanation de Vlchy ou de la Résistance ?
Chouannerie de nostalgiques ou de chefs sans armée ?
Les " factieux " s'en prennent surtout au " grand Satan ".

En avril 1961, le putsch des généraux d'Alger se prolonge en France par ce que la presse appellera le " complot de Paris ". L'objectif desdits comploteurs aura été, à l'évidence, de parachever l'action algéroise en neutralisant puis en supprimant le pouvoir métropolitain. L'opération aurait dû se faire à partir des unités implantées à Rambouillet, Orléans, Chartres... ou au camp de Mourmelon.
Du moins est-ce ce que la police découvre, un mois après les événements. Le " complot de Paris " n'a pu aboutir en raison d'une intervention de la Sûreté qui inquiète une centaine de personnes - arrestations du général Faure et du colonel Vaudrey.
La plus grande confusion semble régner ensuite dans les milieux sensibles aux thèses de " l'Algérie française " antigaulliste. Des réseaux de conspirateurs se développent. Ils se plaisent à revivre les grandes heures de la chouannerie ou des diverses sociétés ultra-légitimistes qui ont fait, en leur temps, trembler la monarchie de Juillet et les gouvernements de Louis-Philippe. L'O.A.S. aura bien du mal à rassembler (et à contrôler) toutes ces initiatives. C'est la tâche qui incombe au capitaine Pierre Sergent lorsqu'il arrive à Paris, au début de juin 1961, et qu'il prend, sur ordre, la tête de l' " O.A.S.-Métro " (telle est l'appellation adoptée par Alger... et Madrid).

A partir de juillet et d'août 1961, l'objectif principal des réseaux (d'ailleurs en " libre concurrence " quant a l'exécution) est d'abattre le général de Gaulle. Et, cette fois, physiquement. Le chef de L'État, à leurs yeux, est coupable d`envisager sans frémir la séparation de la France et de l'Algérie. Il a renié ses engagements des premières heures de l'après 13 mai. De plus, il est le principal (le seul ?) obstacle à une prise du pouvoir par les nationalistes intègres.
C'est ainsi que sera fomenté (bricolé diront certains) l'attentat de Pont-sur-Seine (8 septembre 1961). Lorsqu'il aura échoué, on en élaborera d'autres : au fusil à lunette (opération " Chamois "), à la bombe, au gaz butane, au bazooka, aux chiens " explosifs " guidés par ultrasons... Un point sera tout de suite relevé par les services de sécurité (la lutte anti-O.A.S. est centralisée par Alexandre Sanguinetti) : les comploteurs souhaitent ardemment la mort du général de Gaulle mais aucun n'est prêt à risquer sa vie dans l'affaire (1). Aucun " kamikaze ", nul anarchiste de la trempe de Caserio (qui assassina le président Sadi Carnot).

(1) Sur ce point, il faudrait être moins catégorique. Si l'OAS Métro en rêvait sans vraiment avoir la détermination nécessaire, en Algérie, l'organisation avait eu maintes fois la possibilité, sans grande difficulté, de le réaliser. Mais l'Etat Major et les responsables, pensait qu'assassiner De Gaulle était une grossière erreur. Sa mort violente aurait fait de lui un martyr et aurait réuni auprès de sa dépouille, même ses opposants les plus farouches. L'union nationale de l'ensemble des forces politiques se serait constituée et le retentissement immense de la mort du chef de l'état français, aurait secoué l'opinion mondiale avec des répercussions aux conséquences inconnues.
Le résultat conduisait à une légitimation du pouvoir et donnait un met de choix aux propagandistes de l'indépendance. Ndlr.

En décembre 1961, André Canal, dit " Le Monocle ", arrive en France avec un ordre de mission de Salan (" Mission III "). Son organisation se superpose à celle de Sergent mais ne s'impose pas davantage. Elle ajoute encore à la confusion des réseaux.
Selon les mémoires des participants - et les tentatives d'" histoire de l'O.A.S. " qui essaient de mettre de l'ordre dans les organigrammes et les justifications -, l'O.A.S. aurait été particulièrement à l'aise en Bretagne, Paris, dans le Sud-Ouest, en Provence, dans les villes de garnison de l'Est... et en zone d'occupation française en Allemagne (Baden-Baden). Selon la police (Jacques Delarue), un indicateur particulièrement bien introduit aurait renseigné ses maîtres de bout en bout sur les tentatives et les réunions décidées par Argoud, par Bouyer, par les " Espagnols ", par le bon docteur Lefevre... plus tard, par le colonel Château-Jobert devenu " moine-soldat ". Pareille carrière de " taupe " n'est pas invraisemblable, compte tenu de l'extrême improvisation qui semble avoir régné, à tous les niveaux, dans des organisations toujours en quête d'un bon plan, de fonds et de tuyaux...
Les fonds, précisément, seront gérés par un certain Gorel, dit " Cimeterre ", comptable scrupuleux qui mourra sans avoir révélé (?) où peut se terrer un trésor de guerre estimé à plusieurs milliards de francs (tout nouveaux).

Ces fonds proviennent de nombreux hold-up, détournements, extorsions et " impositions " qui défraient, dans ces années-là, la rubrique des faits-divers. Même en métropole, des personnalités sont taxées au regard de leur fortune vraie ou supposée. Certaines refusent en criant au scandale, comme Brigitte Bardot, " imposée " à hauteur de 50 000 francs et qui proteste dans L'Express. C'est sans doute là l'explication de certains plasticages de firmes ou de sièges sociaux...
À l'intention des généreux " donateurs ", l'O.A.S. émet une manière d'assignats (de " chèques ") qui valent 500, 1 000, 10 000 francs..., etc. En 1965, par exemple, un réseau de faux-monnayeurs sera démantelé, comme le raconte Jacques Delarue (L 'O.A.S. contre de Gaulle), a partir des " travaux d'art " d'un photograveur de Libourne et d'un papetier espagnol spécialisé dans le papier filigrané.

L'essentiel du recrutement de l'O.A.S. Métro provient de trois milieux (outre des officiers en rupture d'armée ou des déserteurs) : des poujadistes façon Bouyer, des anciens combattants de l'Union française (A.C.U.F.) et de la droite traditionnelle des " châteaux " (selon Nicolas Kayanakis).
Cependant. même si certains " petits jeunes gens " s'exercent au maniement (meurtrier) des pains de T.N.T. et des détonateurs, les actions d'envergure mobilisent surtout les commandos - Delta - venus tout spécialement dAlgérie, puis, plus tard d'Espagne où ils se morfondent, étroitement quoique discrètement surveillés par la police.

le capitaine Pierre Sergent, ancien du 1er R.E.P., chef du service action de l'O.A.S. Métro. Marcel Bouyer, ancien député poujadiste et pâtissier, n'appartient pas à l'O.A.S., mais à une organisation rivale : « France-Résurrection ››.
Le lieutenant Daniel Godot, responsable de l'« Organisation des masses ›› en métropole Henri Manoury, agent d'assurance, participe à l'attentat de Pont-sur-Seine.
Dominique Cabane de la Prade, l'un des « artisans ›› de l'attentat de Pont-sur-Seine. jacques Roy, capitaine de corvette, patron d'un réseau de renseignements et futur secrétaire du Conseil national de la résistance intérieure.

Bien que liés à Serrano Suner, beau-frère du général Franco, les " grands chefs " de l'O.A.S. seront expédiés aux Canaries où ils vivront en se rongeant les sangs, tels les émigrés de 1791 à Coblence.
La manière de guerre civile sournoise qui gangrène la France au début des années soixante trouve rapidement des compensations à la bataille rangée dans la violence verbale. C'est la première fois depuis la fin de l'Occupation (et la dénonciation du stalinisme) que les prises de position des journaux, revues et maisons d'édition consacrent à ce point la division de la France en deux camps irréconciliables (en apparence). La balance, cependant, n'est pas tout à fait égale entre la presse " F.L.N. " et la presse " O.A.S. " (appelée aussi " nationale " par ses partisans - et qualifiée de " molle " ou de " dure " par les autres, selon qu'il s'agit de la tendance du Figaro ou de celle de L'Aurore).

De même que tous les intellectuels " de gauche " ne sont pas forcément des " porteurs de valise ", tous les signataires de l'appel des " intellectuels français " ne sont pas obligatoirement des partisans de l'O.A.S. et des adeptes du plastic.
Cependant, les poseurs de bombes se recrutent plus volontiers chez les lecteurs de ceux-ci. Ce qui n'empêche pas les " intellectuels français " de se poser parfois des questions que n'ont jamais désavouées les intellectuels d'en face. Ainsi, comment de bons esprits de tous bords ne se reconnaîtraient-ils pas dans ces lignes de Jacques Laurent, signataire de l'appel précité et collaborateur d'une fameuse revue, L'Esprit public : " L'emploi du terrorisme légitimait-il celui de la torture ? Une cause doit-elle être défendue si cette défense implique l'acceptation de la torture, des camps, des exécutions sommaires ? "

Tapages nocturnes

En France, le plastic joue un grand rôle dans l' " explication ", mais à un degré moindre qu'en Algérie, toutefois. Entre avril 1961 et septembre 1962, on ne comptera pas moins de 700 attentats. C'est avec la " Mission III " d'André Canal que l`O.A.S., à partir de décembre 1961, utilisera le plus cette arme. Le capitaine Sergent, pour sa part, était plus subtil.
La conséquence de l'emploi du plastic ira à l'encontre de ce que souhaite l'O.A.S. Les Français de métropole vont se rassembler autour d'une idée fixe : se débarrasser le plus rapidement possible de l'Algérie " française " et de ses partisans.

De haut en bas :
Georges Buscia, chef d'un commando qui entreprit un attentat contre Georges Pompidou en mars 1963.
Son frère, Gilles Buscia.
Jean Hussendorfer, membre du même commando.

Nombreux sont ceux qui pensent, comme de Gaulle, que l'autodétermination concerne aussi les pieds-noirs. .. S'ils n'en veulent pas, ils devront partir. Après tout, ce sont des Français comme les autres. La loi républicaine doit s'appliquer à eux aussi.
En janvier 1962, Canal inaugure une série de plasticages, les " nuits bleues ", qui réveillent Paris endormi. Les objectifs de ces opérations sont les appartements d'hommes politiques, communistes ou gaullistes (ou assimilés comme tels par la rumeur), défavorables à l'O.A.S. Les sièges des journaux, communistes en tête, sont également visés. Si Le Monde est (naturellement) menacé, car " F.L.N. ", Le Figaro et France-Soir auront aussi la visite des plastiqueurs en raison d'articles qui déplaisent. L'approximation dans la détermination des objectifs est aussi un trait des manieurs d'explosifs de cette époque. Croyant atteindre Jean- Paul Sartre, en février, l'O.A.S. blesse grièvement l'écrivain Vladimir Pozner. Un peu plus tard, croyant atteindre Malraux, les mêmes (?) couronnent leur sottise criminelle en atteignant une petite fille, Delphine Renard, que l'explosion défigure. Pareille " erreur" est l'occasion d'un énorme sursaut de l'opinion publique et du drame de Charonne.
Au bilan, l'O.A.S.-Métro a fait 71 morts et 59 blessés. Le premier attentat en juin 1961 avait fait à lui seul, une vingtaine de morts dans le déraillement du Paris-Strasbourg. Un des derniers attentats au plastic, en mars 1962, sera celui d' Issy-les-Moulineaux. L'explosion d'une voiture piégée fera trois morts et 47 blessés.

Source :
20e siècle - Histoire des grands conflits.
Guerre d'Algérie vol II.
Collection du Patrimoine, pages 172, 173, 174.

L'OAS Métro

On peut lire dans un document en provenance de la Préfecture de Police de Paris, à propos de l'année 1961 :
" année redoutable pendant laquelle le Pays a eu à faire face à deux rébellions ", " les éléments de choc et l'organisation spéciale du FLN vont se déchaîner, en particulier sur Paris et sa banlieue, et se livrer même à de véritables opérations militaires visant des gardiens de la paix, des véhicules de police, des commissariats ou des postes de police, des installations techniques et, bien entendu, en privilégiant la force de police auxiliaire (1) ... Ces opérations ont duré jusqu'à la mi décembre 1961 ".

1- Force auxiliaire de police = harkis de la Préfecture de Police de Paris

Pour cette année 1961, la presse relève le chiffre de 886 tués en métropole, pour la plupart musulmans (résultats de la lutte MNA-FLN, actions du FAAD). Ce chiffre et ces commentaires permettent de juger de l'ambiance régnant en métropole. Le document poursuit : " Mais dès le début de 1961, apparaissent en métropole les premières manifestations de violence de type terroriste, revendiquées ou à mettre au compte de l'Organisation Armée Secrète ou du moins de différents organismes, groupes et groupuscules se réclamant de ce qu'il était convenu d'appeler alors les partisans de l'Algérie française qui estimaient devoir dénoncer, par n'importe quel moyen, y compris la violence, la politique algérienne du chef de l'État ".
" Les premières actions étaient déclenchées dans la nuit du 6 janvier 1961. Vers 1 h 45, six engins explosifs éclataient dans différents quartiers de Paris (2)".
On peut lire, sous la signature d'Yves Courrière (Historia Spécial n° 424 bis), que dans les jours qui ont suivi le putsch d'avril, 200 officiers, 400 civils ont été arrêtés en métropole. Les chiffres sont très nettement exagérés mais il est vrai que de nombreux comploteurs dont plusieurs officiers de haut rang et des civils de haut niveau, liés au projet de rébellion, furent arrêtés dans les heures qui suivirent l'annonce de l'événement. Cette réaction immédiate au pouvoir tend à prouver : que ce mouvement (dans lequel l'OAS n'avait aucune part) comptait en métropole bon nombre de partisans, d'ailleurs certains hommes politiques : G. Bidault, J. Soustelle, Max Lejeune, R.Lacoste ne font pas mystère de leurs positions, que la police, grâce aux écoutes téléphoniques et au manque de discrétion des conjurés, était très informée des événements à venir (le secret était si mal respecté que " la lettre confidentielle " de Paul Dehème avait annoncé le coup de force avec 24 heures d'avance).

2- L'OAS n'a été officiellement créée qu'en mars 1961.

De ce fait, les interventions prévues, en particulier en région parisienne (mouvements d'unités militaires favorables, occupations d'objectifs stratégiques...), échouent totalement. S'il n'existait alors en métropole aucun mouvement activiste comparable à ceux d'Algérie, il faut cependant noter l'existence des groupes de pensée et même de réseaux hostiles à la politique algérienne de de Gaulle (conservateurs de diverses obédiences royalistes, antigaullistes déçus du13 mai, poujadistes, anciens combattants d'Indochine et d'Algérie, pieds-noirs de métropole, jeune Nation, etc...). On peut imputer à l'une ou l'autre de ces tendances informelles les 16 explosions de janvier 61 à Paris, l'attentat d'Évian le 31 mars.

Le capitaine Sergent, qui a regagné clandestinement la France dans les premiers jours de juin (bientôt suivi par le lieutenant Godot), va tenter de rassembler groupes, réseaux et bonnes volontés disparates. Utilisant sa connaissance du milieu et ses relations dans l'armée, il va calquer son organisation sur le découpage territorial militaire (hormis deux zones autonomes : Paris et Zone d'occupation française en Allemagne). D'autres contacts chez les civils lui permettront un autre type de recrutement et d'entraîner dans sa mouvance un industriel, Maurice Gingembre, qui financera son activité et qui, grâce à sa profession, assurera les contacts avec Madrid et Alger.


Le capitaine Sergent dans la clandestinité en Italie.

Le 8 juillet, au cours du procès des officiers ayant participé au putsch d'Alger, le capitaine Estoup confirme devant le tribunal militaire, au nom de ses camarades, leur absence totale de motivation politique dans la rébellion d'avril.
Pendant que Sergent, conformément a la mission reçue de Salan et de Godard, s'efforce de bâtir l'OAS-Métro, la confusion s'installe au sommet du mouvement en raison de l'intervention du groupe résidant en Espagne (Argoud, Lacheroy, Lagaillarde). Ce groupe crée une " Direction Centrale de l'OAS, " qui réclame à Salan et à jouhaud de s'installer à Madrid. Des émissaires et des courriers sont expédiés aux groupes et équipes déjà contactés par Sergent, annulant en partie les efforts de ce dernier

Le 2 septembre, l'instruction particulière n°1 de Salan remet les pendules à l'heure :

" Il ne doit exister qu'une seule et même Organisation de l'Armée Secrète pour l'ensemble du territoire métropole et Algérie-Sahara. Cette organisation placée sous mes ordres assisté par le général Jouhaud, comporte deux grandes branches : OAS-Métropole et OAS Algérie-Sahara ".
Le même document désigne deux responsables comme base d'état-major de l'OAS-Métropole : " Verdun (général Vanuxem) et Raphaël (un haut fonctionnaire).
Le 7 septembre, l'arrestation de Gingembre à Alger met en grand péril l'OAS-Métro encore à ses balbutiements. Elle provoque de nombreuses arrestations (généraux Vanuxem et de Crèvecoeur, colonel de Blignières, Raoul Girardet, etc...). Les responsabilités de Sergent sont dévoilées. Le 8 septembre, ce dernier apprend par la télévision l'attentat contre de Gaulle a Pont-sur-Seine. Il n'en est en rien responsable mais il devient l'ennemi public n°1.
Salan refuse toute responsabilité dans cet attentat mais, auparavant, de nombreuses explosions ont dejà secoué Paris (25 du 11 au 27 juillet, 13 dans la nuit du 21 au 22 août). Elles sont dues à l'initiative d'un ou de plusieurs groupes ou réseaux, qui, cherchant leur voie dans l'action antigaulliste, se baptisent OAS, sans pour autant obéir aux règles d'action psychologique préconisées par Sergent. Sous ce signe, à l'imitation de l'Algérie, se constitue une espèce de nébuleuse terroriste désordonnée. Les causes de ce phénomène ressemblent a celles constatées en Afrique du Nord : ambition et querelles de personnes, motivations politiques différentes, caractère particulariste des Français, méfiance entre civils et militaires, tout cela sur fond de romantisme révolutionnaire et de souvenirs d'une résistance idéalisée et encore récente.

Mais, à la différence de l'Algérie, l'OAS (ou ceux qui s'en réclament) ne bénéficie pas de l'appui de la population, au contraire. En métropole, la désinformation entretenue sur le problème algérien, la politique du pouvoir et ses conséquences prévisibles, les traumatismes résultant de plusieurs années d'une guerre particulièrement sauvage menée autour d'elle par le FLN avec la complicité avouée d'une bonne partie de l'intelligentsia et de la classe politique, conduisent immédiatement à une réaction d'hostilité générale à l'égard des nouveaux fauteurs de troubles.
L'attentat de Pont-sur-Seine, visant un chef d'État emblématique, ajoutera à la diabolisation de l'OAS-Métro.

Le 6 octobre, sous la pression du gouvernement français, la sûreté espagnole procède à l'arrestation du groupe OAS de Madrid (Argoud, Lagaillarde, Lacheroy...).
Le Comité de Vincennes, qui regroupait un certain nombre d'hommes politiques de tendances diverses, partisans de l'Algérie française, est dissous le 22 novembre. Toutes formes d'opposition légale aux projets du pouvoir ayant ainsi disparu, l'OAS en tire argument pour prôner l'insurrection armée contre une dictature.
De nouveau, des explosions secouent la capitale (17 du 16 au 22 octobre, 17 du 7 au 8 novembre). Le 17 novembre, le Drugstore de l'Étoile est plastiqué ; on note également 12 explosions le 22. Le 25 novembre, alors que de Gaulle parle aux militaires rassemblés à Strasbourg, des explosions visant le train présidentiel endommagent la gare. Le 14 décembre, en désertant, le lieutenant Bernard livre à l'OAS l'armement de sa section (une trentaine d'armes dont plusieurs automatiques). Le 30 décembre, 12 plasticages visent des personnalités gaullistes ou d'extrême-gauche à Paris et en province.

Au début du mois de décembre, la situation de l'OAS-Métro se complique sérieusement avec l'arrivée à Paris d'André Canal, alias " le Monocle ", mandaté par Salan pour " coordonner les divers groupes et individualités de métropole ". L'opposition est extrêmement vive entre Sergent qui refuse d'être dépossédé de ses responsabilités et Canal, partisan d'une recrudescence de l'action terroriste à l'instar de celle menée par l'OAS en Algérie. Cette opposition frôlera l'affrontement armé entre les tenants des deux tendances. Après un modus Vivendi, plus apparent que réel, bien que Salan ait ordonné de diminuer les plasticages, Canal constitue des " groupes d'action " baptisés " Alpha " et malgré Sergent, entame une campagne d'attentats à l'explosif. Ces " commandos " séviront jusqu'au mois de mai 1962 (arrestation de Canal le 5 mai).
Si l'année 1962 est en Algérie une année de folie sanglante, elle est particulièrement agitée en métropole.

Le 5 janvier, deux hommes, venus d'Algérie, exécutent à Alençon, Alfred Locussol au nom de l'OAS. La victime, membre influent du Parti communiste algérien, ex-complice de l'aspirant Maillot, était accusé d'organiser des cellules communistes anti-OAS.
Le 4 janvier, un commando de Sergent s'en prend au PCF et mitraille le siège du Parti, place Kossuth à Paris. Le 7, une autre équipe enlève une trentaine d'armes au camp de Satory.

Dans la nuit du 17 au 18, les commandos " Alpha " font exploser une vingtaine de plastics, d'autres charges explosent entre le 21 et le 24 janvier, visant diverses personnalités notoirement opposées à l'Algérie française, des lieux de réunion du FLN. Le 7 février, une bombe visant André Malraux blesse grièvement la petite Delphine Renard. Les médias s'emparent de l'affaire à des fins de propagande contre l'Organisation Armée Secrète. Le 8, une manifestation anti-OAS, organisée par le PCF et les partis de gauche, est réprimée par la police, fait 8 morts et plus de 100 blessés à la station de métro Charonne. Huit jours plus tard, une vingtaine d'explosions secouent l'agglomération parisienne. Une tentative d'assassinat dirigée contre Joël Le Tac, militant gaulliste, déjà blessé en Algérie et hospitalisé au Val de Grâce, échoue.

Le 22 janvier 1962, une bombe explose au Quai d'Orsay fit 1 mort et 12 blessés. Ndlr

Constantin Melnik a révéle que la bombe fut attribuée à tort à l'OAS.


La petite Delphine Renard victime de l'attentat contre Malraux.

Le 5 février, c'est tout l'état-major de la zone autonome OAS de Paris (colonel de Sèze, commandant Casati...) qui tombe aux mains de la police.
D'autres arrestations vont suivre (Gignac, Godot...). l'organisation montée par Sergent comportant de nombreux cadres militaires, la Sécurité Militaire (SM), dotée de pouvoirs extraordinaires, intervient fréquemment, opérant comme une police qui échapperait aux règles juridiques habituelles dans cette profession.

Le 10 mars, une voiture piégée explose devant l'entrée du Congrès du Mouvement de la Paix (communiste) à Issy-les-Moulineaux, faisant 5 morts et 47 blessés. Quinze bombes éclatent dans le courant du mois.

Le 19 mars, l'annonce du cessez-le-feu en Algérie provoque de profondes répercussions dans l'OAS, dont, depuis Alger, Salan décrète la dissolution. Il transmet ses pouvoirs à Georges Bidault, président d'un Comité National de la Résistance (CNR). L'Algérie perdue, le combat devrait changer de visage et de finalité. A la tête du CNR, avec Bidault on trouve Soustelle et Argoud (qui s'est évadé des îles Canaries, quelques semaines auparavant). Sergent devient chef d'état-major de ce comité. Deux tendances se révèlent aussitôt : Soustelle réclamant l'arrêt total du terrorisme, Argoud restant partisan d'attentats sélectifs, malgré un avenir incertain.

Source :
20e siècle - Histoire des grands conflits.
Missions et actions secretes en Algérie - Guerre d'Algérie vol IV
Collection du Patrimoine, pages 70 à 73.

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Mis en ligne le 18 mars 2015

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