Les Pieds-Noirs
1962 L'EXODE
Les Pieds-Noirs
Entrée  - Introduction  -   Périodes-raisons  -   Qui étaient-ils?  -   Les composantes  - Les conditions - L'attente  -   Le départ  -  L'accueil  -  Et après ? - Les accords d'Evian - L'indemnisation - Girouettes  -  Motif ?  -  En savoir plus  -  Lu dans la presse  -  
LES ACCORDS D'EVIAN

"La parole qui, trop souvent, n'est qu'un mot pour l'homme politique, devient un fait terrible pour l'homme d'armes, et ce que l'un dit légèrement, ou avec perfidie, l'autre l'écrit sur la poussière, avec son sang.
(Alfred de Vigny)

Peu de personnes ont lu l’intégralité des « Accords d’Evian ». Beaucoup en ignorent même l’existence. Pourtant, l’examen attentif de ces quelques pages met en lumière le gouffre qui sépare le virtuel du concret et le réel de l’imaginaire. Pour paraphraser je dirai que « ce qui est grave dans cette affaire, c’est qu’elle n’est pas sérieuse ».
La légèreté et l’empressement dont fit preuve le pouvoir de l’époque furent autant d’insultes à l’honneur et à la mémoire des victimes. Son absence de volonté pour les faire appliquer fut criminelle.
Quant à la satisfaction qu’il en retira elle fut d’une inhumanité des plus abjectes puisqu’elle alla jusqu’à passer sous silence les morts qui en résultèrent et éluder le problème des disparus. On peut se demander pourquoi il n’y eut qu’un seul interlocuteur valable ?
Dix pour cent de la population était également concernée. On peut estimer également à plus d’un million de musulmans non indépendantistes. Vingt pour cent de la population au moins, fut donc rayée d’un trait de plume. A l’échelle de la population Française cela représente douze millions de personnes à qui on supprime purement et simplement le droit à donner son avis pour décider de son avenir à sa place.

Nous sommes en droit de nous demander pourquoi tant de hâte pour abandonner une partie alors quelle était gagnée sur le terrain. Pourquoi tant de morts pour en arriver là ? Pourquoi avoir reconnu comme seuls interlocuteurs valables une fraction d’une organisation qui n’avait pas l’aval des principaux responsables ?
Il fut invoqué « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Soit. Mais de quel peuple s’agit-il alors ? Des Kabyles ? des Arabes ? des Khouloughis descendants des Turcs ? des Arabos Turcs ? des Arabos Berbères ? des Herrathins peuple Saharien, des Mozabites ? des Touaregs ? des Juifs dont certains vivaient en Algérie avant l’invasion arabe ?
Devait-on ignorer l’ensemble des Musulmans favorables à la France que celle ci avait utilisé en leur affirmant qu’ils ne seraient jamais abandonnés ? Et devait-on négliger la population Européenne qui devait se voir reconnaître « le droit du sol » ? Pourquoi ces diverses composantes du peuple Algérien ne furent pas réunies à la table des négociations ?
Il avait fait état que « ces accords satisfaisaient aux intérêts de la France » alors que l’intérêt de la France était outre, la position stratégique, le pétrole dont les droits d’exploitation et commerciaux furent cédés sans contre partie.
Dans l’histoire de France pourtant chargée, il s’est agit d’une capitulation sans condition qui transforma une victoire militaire qu’aucun historien sérieux ne conteste aujourd’hui, en défaite diplomatique.
Ces accords « faux semblant » sont à ma connaissance, le seul fait historique qui réunisse lâcheté politique, inhumanité avérée, négation des droits élémentaires, hypocrisie caractérisée, manipulation généralisée, et cynisme incontestable d’un pouvoir au totalitarisme à peine déguisé.

"Les traités, voyez-vous, sont comme les jeunes filles et les roses : ça dure ce que ça dure !" Charles De Gaulle

CHRONOLOGIE DES DIVERSES NEGOCIATIONS

- Entretiens France FLN 12 avril 56 Echec
- 5 septembre.56 Négociations secrètes à Rome Echec. La France ne voulant pas aller au delà de la personnalité Algérienne
- 15 septembre contact Yazid Comin à Rome
- 6 novembre 57 accords armée Française avec le Général Mohammed Bellounis opposé au FLN et partisan d’une voie intermédiaire.(tué le 16 juillet 58)
- 19 septembre 58 création du gouvernement provisoire de la république algérienne GPRA au Caire (Président Ferhat abbas)
- 23 octobre 58 Le général de Gaulle propose « la paix des braves », rejetée le 25 par le GPRA
- 16 septembre 59 proposition par de Gaulle d’un référendum pour « l’autodétermination »
3 options : secession, francisation, association.
Refus du GPRA qui exige l’indépendance totale avant toute discussion.
- 17 mars 1960. Contact de trois chefs F. L. N. avec une personnalité musulmane d'Algérie, dans la région de Médéa.
- 19 au 22 mars 1960. - Cette personnalité se rend à Paris et met au courant M. Michelet, garde des Sceaux. Elle rentre en Algérie avec l'accord du Gouvernement pour donner suite aux propositions présentées par les chefs F .L.N. de rencontrer des représentants du Gouvernement. - 28 mars 1960, 31 mars 1960, 31 mai 1960, 2 juin 1960. ( Entretiens Tricot-Mathon / Lakhdar-Halim-Abdellatif.
- 9 juin 1960. - Vers Paris (forêt de Rambouillet). Entretiens Si Salah-Mohammed-Lakhdar avec M. Tricot et le colonel Mathon.
- 10 juin 1960. - 22 heures Elysée. Entretien Général de Gaulle - Tricot - Mathon - Si Salah - Mohammed - Lakhdar
- 14 juin 1960. - Discours du général de Gaulle.
- 18 juin 1960. - Dernier entretien Tricot-Mathon- Jacquin Si Salah-Lakhdar.
Entretiens France FLN de Melun 25 au 29 juin 1960 echec Le GPRA constate qu’il s’agit de négocier un cesser le feu, refuse.
- 16 novembre 60 de Gaulle annonce un référendum sur l’autodétermination.
- 19 decembre 1960, l’ONU reconnaît le droit du peuple algérien à l’autodétermination.
- 8 janvier 61 référendum sur l’autodétermination. 75% de OUI en métropole, 70% de OUI en Algérie
- 20 22 février entretiens secrets en Suisse Pompidou, de Leuze et GPRA
- 11 et 12 février 61 rencontre secrète aux Rousses dans le Jura Français
- 30 mars 61 annonce des pourparlers d’Evian
- Ouverture ses pourparlers d’évian le 20 mai 61
- 25 mai 61 trève unilatérale décidée par Ch de Gaulle
- Ajournement le 13 juin 61 à cause du statut du Sahara et des garanties de la population Européenne - 20 juillet 61 négociations à Lugrin (Hte Savoie)
- 28 juillet ajournement à cause du Sahara
- 5 septembre 61 conférence de presse du chef du gouvernement qui admet la revendication du Sahara par une Algérie indépendante
- 10 au 19 février 62 négociation secrète aux Rousses
- Reprise des négociations à Evian le 7 mars 1962
- Signature le 18 mars 62 cesser le feu applicable le 19 mars à midi
8 avril 62 référendum pour les accords d’Evian en France 90% de OUI.

(Communauté Européenne d’Algérie non autorisée à voter)

Il est à noter que si les trois représentants Français ont signé, seul Krim Belcacem qui n'était même pas reconnu par le FLN de Tunisie, qui lui même, n'était d'ailleurs qu'une faction du FLN parmi tant d'autres, apposa son paraphe pour le GPRA, ce qui déja, laissait augurer de la fragilité de l'application future.

«Ma signature figure au bas d'un bien étrange document...»

Robert Buron : au soir du 18.03.1962, après la signature à Evian des «accords» (noté sur un carnet)

Réda Malek conclut ainsi son récit des négociations des "Accords d'Evian" (Le Seuil, 1990) :
" Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé.
"

Le 31 janvier 1962, le général de Gaulle avait désigné trois négociateurs pour traiter avec le F.L.N., représenté par Krim Belkacem, Saad Dhalab et Aziz Ben Tobbal. Il s'agissait de Louis Joxe, Robert Buron et Jean de Broglie. Le 18 mars, les accords étaient signés; le 19 à midi, le cessez-le-feu devait entrer en vigueur; le lendemain, « accord de cessez-le- feu » et « déclarations gouvernementales» étaient publiés dans le Journal officiel. L'indépendance de l'Algérie, l'intégrité de son territoire et l'unité de son peuple étaient reconnues. La France obtenait des garanties sur la sécurité des personnes et des biens des Français d'Algérie, sur la présence des troupes françaises sur le territoire algérien pendant plusieurs années, sur la coopération économique, financière, culturelle et technique... des garanties qui ne seront pas toujours (jamais) tenues.
(Historama Hors série N°18)
La délégation française à Evian (à gauche) : Robert Buron, Jean de Broglie et Louis Joxe.
La délégation algérienne (à-droite) : Saad Dahlab, Krim Belkacem, Aziz Ben Tobbal, Yazid, Malek, Ben Yahia et Ahmed Francis. En signant ces accords, le gouvernement français s'inclinait devant les exigences du F.L.N. :
la France reconnaissait l'indépendance algérienne, liée au cessez-le-feu; ne réclamait pas de statut particulier définitif pour les Français d'Algérie ; admettait l'intégration du Sahara à l'Algérie.

VITE ! VITE ! ON LIVRE.

«Le Général joue au poker à ciel ouvert.» (Louis Joxe, négociateur)

« Insistez sur l'essentiel. Vous comprenez » « Réussissez ou échouez mais surtout ne laissez pas la négociation se prolonger indéfiniment... D'ailleurs ne vous attachez pas au détail. Il y a le possible et l'impossible... » "..Quant au Sahara, ne compliquez pas les choses... Il n'est pas possible d'aboutir autrement qu'en laissant l'Algérie décider de son sort politiquement. » Sur le plan économique tâchez de préserver l'essentiel et sur le plan militaire aussi... Enfin... faites pour le mieux.» (Charles De Gaulle à Louis Joxe négociateur d'Evian)
LES ACCORDS D'EVIAN 18 MARS 1962 (partiel)
(paru au journal officiel le 20 mars 1962)

Article 1 er.

Il sera mis fin aux opérations militaires et à toute action armée sur l'ensemble du territoire algérien le 19 mars 1962 à douze heures.
Article 2.

Les deux parties s'engagent à interdire tout recours aux actes de violence collective et individuelle.
Toute action clandestine et contraire à l'ordre public devra prendre fin.
Article 3.

Les forces combattantes du F.L.N. existant au jour du cessez-le-feu se stabiliseront à l'intérieur des régions correspondant à leur implantation actuelle. Les déplacements individuels des membres de ces forces en dehors de leur région de stationnement se feront sans armes.
Article 4.

Les forces françaises stationnées aux frontières ne se retireront pas avant la proclamation des résultats de l'autodétermination.
Article 5.

Les plans de stationnement de l'armée française en Algérie prévoiront les mesures nécessaires pour éviter tout contact entre les forces.
Article 6.

En vue de régler les problèmes relatifs à l'application du cessez-le-feu, il est créé une commission mixte de cessez-le-feu.
Article 7.

La commission proposera les mesures à prendre aux instances des deux parties; notamment en ce qui concerne:
- la solution des incidents relevés, après avoir procédé à une enquête sur pièces;
- la résolution des difficultés qui n'auraient pu être réglées sur le plan local.
Article 8.

Chacune des deux parties est représentée au sein de cette commission par un officier supérieur et au maximum dix membres, personnel de secrétariat compris.
Article 9.

Le siège de la commission mixte du cessez-le-feu sera fixé à Rocher-Noir.
Article 10.

Dans les départements, la commission mixte de cessez- le-feu sera représentée, si les nécessités l'imposent, par des commissions locales composées de deux membres pour chacune des parties, qui fonctionneront selon les mêmes principes.
Article 11.

Tous les prisonniers faits au combat détenus par chacune des parties au moment de l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, seront libérés; ils seront remis dans les 20 jours à dater du cessez-le-feu aux autorités désignées à cet effet.
Les deux parties informeront le comité international de la Croix-Rouge du lieu du stationnement de leurs prisonniers et de toutes les mesures prises en faveur de leur libération.

« Que les accords soient aléatoires dans leur application, c’est certain. Mais il était indispensable de dégager la France d’une situation qui ne lui procurait que des malheurs »

D’après le témoignage de Louis Terrenoire, De Gaulle et l’Algérie, Fayard, cité in Philippe Tripier, Autopsie de la guerre d’Algérie, France-Empire, 1972, p.552.

Première publication officielle des accords d'Evian :

France : Journal officiel du 20 mars 1962, http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf/common/jo_pdf.jsp?numJO=0&dateJO=19620320&numTexte=03019&pageDebut=03019&pageFin=
Algérie : El Moudjahid du 19 mars 1962.
La version publiée dans le journal nationaliste algérien comporte quelques variantes. Le texte algérien porte la mention « Gouvernement Provisoire de la République Algérienne » alors que le texte français, présenté ci-dessus, indique « F.L.N. ».
La France n'a en effet jamais reconnu le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne !!!!
Curieusement le FLN n'a jamais reconnu non plus le GPRA...

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Mis en ligne le 25 juin 2011

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