Louis XVIII occupe une place particulière dans l'histoire française : il parvient à rétablir le rang diplomatique de la France trois ans seulement après la catastrophe de Waterloo.
1. Un roi qui a passé vingt-trois ans en exil
À la Révolution, Louis XVIII porte le titre de comte de Provence. Il quitte la France en juin 1791.
Après la mort de Louis XVI en 1793, puis celle de son neveu Louis XVII en 1795, il se proclame roi sous le nom de Louis XVIII.
Pendant les guerres révolutionnaires et napoléoniennes, il séjourne dans plusieurs pays européens, notamment en Russie, en Prusse et en Grande-Bretagne.
En 1814, après la première abdication de Napoléon, les puissances alliées acceptent son retour sur le trône.
Il comprend néanmoins qu'il ne peut pas simplement rétablir l'Ancien Régime.
2. Une monarchie constitutionnelle
Le 4 juin 1814, Louis XVIII promulgue la Charte constitutionnelle.
Elle maintient plusieurs acquis fondamentaux de la Révolution :
• L'égalité devant la loi.
• La propriété des biens nationaux.
• Le Code civil.
• La liberté religieuse, avec le catholicisme reconnu comme religion de l'État.
• Deux chambres parlementaires, même si le suffrage reste très restreint.
Le roi conserve cependant des pouvoirs importants : il nomme les ministres, dirige la politique extérieure et dispose de l'initiative des lois.
Louis XVIII cherche ainsi à concilier l'héritage révolutionnaire avec la restauration monarchique.
3. Waterloo : une situation presque désespérée
Le retour de Napoléon en mars 1815 oblige Louis XVIII à fuir Paris.
Après Waterloo, le 18 juin 1815, il revient sur le trône, mais dans des conditions particulièrement difficiles.
Le second traité de Paris, signé le 20 novembre 1815, impose à la France :
• Une indemnité de 700 millions de francs.
• L'occupation d'une partie de son territoire par les armées étrangères.
• La prise en charge financière de cette occupation.
• Des pertes territoriales et une surveillance diplomatique.
La France est vaincue, occupée et profondément divisée politiquement.
4. Le redressement de 1815 à 1818
Louis XVIII confie la direction du gouvernement au duc de Richelieu, qui devient président du Conseil en septembre 1815.
Celui-ci bénéficie de relations personnelles avec le tsar Alexandre Ier de Russie.
Le gouvernement entreprend un redressement financier important, notamment grâce à des emprunts permettant de régler les indemnités dues aux Alliés.
Sur le plan intérieur, Louis XVIII doit contenir les royalistes ultras, qui réclament une politique plus répressive et un retour plus complet à l'Ancien Régime.
En septembre 1816, il dissout la Chambre introuvable, dominée par ces ultras.
Cette décision permet de soutenir une politique monarchique plus modérée.
5. Aix-la-Chapelle, 1818 : le grand succès de son règne
Le congrès d'Aix-la-Chapelle constitue un tournant.
Les puissances victorieuses de Napoléon reconnaissent les progrès financiers et politiques accomplis par la France.
Elles acceptent l'évacuation anticipée de son territoire.
La France est réintégrée dans les grandes consultations diplomatiques européennes.
En trois ans, Louis XVIII et Richelieu ont obtenu le passage d'une France occupée à une France redevenue partenaire des grandes puissances.
Ce résultat ne signifie pas qu'elle ait retrouvé sa domination militaire napoléonienne, mais son rétablissement diplomatique est considérable.
6. Les dernières années du règne
Après l'assassinat du duc de Berry en février 1820, le régime évolue dans un sens plus conservateur.
La censure est renforcée et la loi du double vote favorise les électeurs les plus imposés.
En 1823, la France intervient militairement en Espagne pour rétablir l'autorité absolue du roi Ferdinand VII.
Cette expédition, dite des Cent Mille Fils de Saint Louis, est un succès militaire et contribue à confirmer le retour de la France comme puissance capable d'intervenir hors de ses frontières.
Louis XVIII meurt le 16 septembre 1824, après dix années de règne interrompues par les Cent-Jours.
Son frère Charles X lui succède.
6. Quel bilan retenir?
Louis XVIII n'est pas un grand chef de guerre comme Napoléon.
Son action repose principalement sur la diplomatie, le compromis politique et le redressement de l'État.
Son règne présente trois résultats historiques majeurs :
le maintien d'une partie de l'héritage révolutionnaire, la stabilisation de la monarchie après vingt-cinq années de bouleversements et la réhabilitation internationale de la France.