Qui instrumentalise quoi ?
Quand les rois du parti-pris critiquent la vision partisane et caricaturale de l'histoire

Qu'il est réconfortant d'entendre des historiens de renom s'opposer à une instrumentalisation de l'histoire. Surtout lorsqu'il s'agit de spécialistes en la matière.

Ainsi donc, tenter de faire prendre conscience à une opinion publique décérébrée par cinquante ans de mensonges par omission, qu'elle doit à ces éminents professionnels de l'histoire ; reconnaître que cette journée du 5 juillet 1962 à Oran fit de 800 à 900 morts ou disparus (mais saura-t-on un jour le nombre réel ?) ce serait donc faire preuve d'une " vision partielle " de l'histoire.

Une pléiade d'historiens " spécialistes de la guerre d'Algérie ", s'insurgent de la pétition pour la reconnaissance des massacres du 5 juillet 1962 à Oran. (1)

Nous répondrons ci-dessous (en bleu) à leurs arguments au fil du texte ; parce que l'art d'inverser les rôles est maitrisé avec un culot assez renversant. Ceux qui nous ont rangés dans les placards de l'histoire, viennent présentement, donner des leçons d'équité, de justice et de vérité. C'est habile mais ça ne trompe personne. Ou alors la grâce les a enfin touchés !

Ne pas instrumentaliser les massacres du 5 Juillet 1962 à Oran
Benjamin Stora et Gilles Manceron.

Le cinéaste documentariste Jean-Pierre Lledo a lancé le 5 novembre 2013 sur le site du Huffington Post une pétition internationale intitulée " 5 Juillet 1962 à Oran, Algérie " (2), fondée sur une vision partielle des événements survenus à Oran le jour où était célébrée l'indépendance de l'Algérie, qui instrumentalise les massacres d'Européens perpétrés alors dans cette ville.

Les massacres d'Européens du 5 juillet à Oran ne doivent faire l'objet d'aucun déni. Il apparaît que les deux États n'ont pas communiqué aux familles des disparus toutes les informations qu'ils avaient pu réunir sur leur sort tragique et qu'elles étaient en droit d'attendre. Ces crimes méritent d'être encore davantage étudiés et reconnus.

Aucun déni donc mais pas de vague et silence radio tant que ces crimes ne sont davantage étudiés et reconnus. Nous attendons donc qu'ils s'y mettent enfin.

Le film Algérie 1962. L'été où ma famille a disparu, par exemple, relatant l'enquête honnête et scrupuleuse que la documentariste Hélène Cohen a menée sur la disparition tragique de cinq membres de sa famille à Oran ou dans ses environs, mérite d'être davantage diffusé. Mais, en ce qui concerne les auteurs des ces crimes, tout en n'écartant l'examen d'aucune responsabilité, y compris au sein du FLN d'Oran ou de l'ALN des frontières, il ne faut pas non plus en venir à mettre en cause de manière globale et simpliste les indépendantistes algériens, ni négliger les nombreux témoignages qui relatent des faits de délinquance pure, commis dans un moment d'anarchie, de parcellisation extrême ou de vacance du pouvoir.

Quand des historiens qui ne cessent de s'élever contre une manipulation mémorielle de l'histoire, en arrivent à prendre comme exemple un film " L'été où ma famille a disparu ", basé uniquement sur une enquête familiale, ou les participants ne font qu'émettre des opinions personnelles parfois contradictoires, on peu se dire sans se tromper, que l'incohérence n'épargne pas les esprits les plus érudits.
Et lorsque l'on fait rimer enlèvement et sévices avec des actes de " délinquance pure ", il est bien certain que dans ce cas là on se garde bien d'" instrumentaliser ", mais en en arrive à un processus de démyélinisation déjà bien avancé.
Ces messieurs, doivent sans doute penser que ce drame est le fait des fameux " éléments incontrôlés " qu'ils nous balancent depuis cinq décennies lorsqu'ils veulent dédouaner ceux pour qui ils ont une sympathie fraternelle et une admiration sans bornes.
Les hommes en uniforme qui raflaient les européens, n'étaient-ils pas des indépendantistes ?
D'autre part, la " vacance du pouvoir " est le fruit des fameux accords d'Evian que même le Président de la République avait qualifiés d'" aléatoires dans leur application " le lendemain de leur signature, un célèbre 19 mars1962 ; date que les partisans de " la paix en Algérie " ont appelé de leurs vœux et célèbrent encore avec une ferveur devenue officielle.

En affirmant que ces crimes sont " passés sous silence ", ce sont en réalité les importants travaux d'historiens effectués depuis vingt ans, en France et en Algérie, sur ces massacres que cet appel passe sous silence. En isolant ces enlèvements et assassinats de leur contexte, il s'interdit d'en faire une véritable approche historique.

Il faut donc replacer ces " enlèvements et assassinats " dans leur contexte ce qui sous la plume des auteurs protestataires, ne manque ni de saveur, ni d'ironie puisqu'ils passent leur temps à offrir depuis des années à leurs lecteurs et auditeurs, des faits décontextualisés pour mieux faire pencher la balance vers le camp qu'ils chérissent.
Quid des huit années d'enlèvement et d'attentats du FLN à l'encontre des civils ?

Or en 1993, l'historien Charles-Robert Ageron, dans sa préface à l'ouvrage du général Joseph Katz, L'honneur d'un général, Oran 1962, a expliqué comment cet officier français commandant du corps d'armée d'Oran, qu'il qualifie de " courageux défenseur de la République face à la rébellion de l'OAS à Oran ", a servi la légalité en cherchant à éviter au maximum les victimes civiles parmi les Européens de la ville qui soutenaient alors majoritairement l'OAS. Il a décrit comment, durant les mois précédant l'indépendance proclamée le 5 juillet, l'OAS d'Oran, composée et commandée par des civils armés organisés en " collines ", a déployé des actions dont ont été victimes, de manière ciblée, les éléments minoritaires de la population pied-noire qualifiés par eux de " gaullistes ", " socialistes ", " communistes " et autres " traîtres ", ainsi que, de manière aveugle, les personnes de la population musulmane d'Oran.

Faire référence au Général Katz qui a attendu près de 6 heures pour déployer ses troupes et dire ensuite qu'il a cherché " à éviter au maximum les victimes civiles parmi les Européens ", est une ignominie. Ce Monsieur qui disposait d'environ 18 000 hommes pour empêcher le lynchage de " compatriotes " aurait du être accusé de non assistance à personne en danger.
Aujourd'hui il serait qualifié soit d'incompétent soit de criminel de la pire espèce.
Que la citation émane de l'historien Charles-Robert Ageron, ne change rien et ce n'est surtout pas un gage de vérité. Ou alors, on peut utiliser le mode de la dérision en prétextant que si ce " courageux défenseur de la République " avait attendu quelques heures de plus effectivement les victimes européennes auraient été plus nombreuses.
Ce soldat exemplaire " a servi la légalité " d'une bien triste façon, à l'image d'Auguste de Marmont ou de Louis Eugène Cavaignac, officiers légalistes qui n'ont pas hésité au nom de la République à massacrer les français révoltés.
Il fut un temps où des objecteurs de conscience, s'élevaient en toute illégalité contre le pouvoir. Encore fallait-il, pour ce faire, avoir une conscience.
Le pouvoir lui avait dit : " Ne bougez pas ! ". En bon petit soldat, il n'a pas bougé, il sera félicité et récompensé. Une décoration et deux étoiles de plus, ça vous change un homme !

Des quartiers où vivaient ces dernières furent l'objet de tirs de mortier ; le 6 avril, par exemple, 14 Algériens ont été tués dont quatre carbonisés dans leur véhicule. Et la spécificité de ce drame du 5 juillet à Oran qui n'a heureusement pas eu d'équivalent dans les autres villes d'Algérie ne peut se comprendre si on omet le fait que l'OAS d'Oran, en refusant l'accord de cessez-le-feu que l'OAS d'Alger avait conclu le 17 juin avec le FLN, a continué pendant deux longues semaines à tuer, à détruire et à incendier au nom d'une folle stratégie de la terre brulée.

Charles-Robert Ageron a donné le bilan publié officiellement par les autorités françaises, des victimes de ce terrorisme de l'OAS à Oran entre le 19 mars et 1er juillet 1962 : 32 morts parmi les membres des forces de l'ordre françaises, 66 morts parmi les civils européens et 410 parmi les Algériens musulmans.

Des historiens algériens tels Fouad Soufi et Saddek Benkada ont publié aussi des travaux sur ce drame. En novembre 2000, lors d'un colloque à la Sorbonne en l'honneur de Charles-Robert Ageron, Fouad Soufi a montré notamment qu'à lui seul l'attentat aveugle de l'OAS du 28 février par un véhicule piégé qui a explosé en plein cœur du plus important quartier musulman d'Oran, la Ville Nouvelle, avait fait 35 tués dont une petite fille âgée de 10 ans et 50 blessés.

Mais bien sur, le véritable coupable c'est l'OAS qui par son aveuglement et sa sauvagerie a gâché la réconciliation promise. Les historiens algériens tels Fouad Soufi et Saddek Benkada en arrivent tous deux à cette conclusion bien accommodante. (3) Citer les victimes de l'OAS en esquivant celles du FLN et les nombreuses disparitions dont furent victimes les européens avant le 5 juillet n'est pas déontologiquement correct. Quant à citer des historiens, ou des auteurs qui ont travaillé sérieusement sur le sujet, ils auraient pu nommer entre autres, Jean Jacques Jordi, Jean Monneret, Geneviève de Ternant, ou Guillaume Zeller. Sans doute ceux-ci ne doivent pas être jugés suffisamment respectables par ces tenants de l'orthodoxie historiographique.

Il a rappelé la véritable guerre livrée par l'OAS à l'armée française, les assassinats par elle au mois de juin de ses officiers, le lieutenant-colonel Mariot le 12 juin, du général Ginestet et le médecin-commandant Mabille, en plein hôpital, le 15 juin. Ensuite, aux alentours du 27 juin, les commandos de l'OAS ont quitté la ville sur des chalutiers et autres navires qui les ont conduits en Espagne franquiste, avec leurs armes et les centaines de millions de francs résultant de leurs hold up faciles des mois précédents.

C'est dans ces conditions que le 5 juillet des crimes odieux ont été commis contre des civils européens, dont beaucoup n'étaient pas des extrémistes, se croyaient protégés par leurs bonnes relations avec des Algériens musulmans et étaient disposés à continuer à vivre là où ils avaient toujours vécu, dans l'Algérie indépendante.

Pourquoi l'apparition de l'OAS ? Messieurs les historiens que faites vous du contexte que vous exhortez à remettre à sa juste place.

Ce n'est pas en écrivant une histoire hémiplégique qui ne s'intéresse qu'à une seule catégorie de victimes, qui occulte le rôle crucial de l'OAS et isole ces crimes sans les replacer dans la longue suite de ceux qui les ont précédés, que l'on peut écrire réellement l'histoire, ni parvenir à une véritable reconnaissance réciproque de tous les drames qui ont marqué cette guerre. Les massacres d'Européens le 5 juillet 1962 doivent assurément être reconnus et éclairés, mais attention à ne pas s'écarter du nécessaire travail historique et ni à basculer dans une instrumentalisation partisane et caricaturale de l'histoire.

Chiche ! Ne nous écartons pas du nécessaire travail historique. Qu'ils enquêtent donc ! Sans que leur émotion à géométrie variable ne leur fasse oublier la fusillade du 26 mars 1962 à Alger ; cet épisode où pour la dernière fois, quatre vingt onze ans après la Commune, l'armée française eut la bassesse d'assassiner des citoyens français.
Qu'ils ressortent de leurs archives pour le finaliser, le livre vérité qu'ils ont sans aucun doute entamé sur cette journée et qui ne peut être terminé car " ces crimes méritent d'être encore davantage étudiés et reconnus ".
Et puis, puisqu'ils redoutent une " histoire hémiplégique ", qu'ils se penchent aussi sur les victimes de ce 5 juillet 1962, puisqu' ils se prosternent devant celles du 17 octobre1961. Cet épisode qui donne lieu à toutes les contradictions et à toutes les surenchères et suppositions, initié par un journaliste auto promu historien, qui par sa méthode s'est écarté du " nécessaire travail historique ".
Cependant rien n'est perdu car nombre d'entre eux ont découvert le drame des Harkis une trentaine d'années après. Pour des historiens émérites, spécialistes de la chose, cela fait un peu désordre.

(*) Je dis découvert et non pas révélé car cela sous entendrait qu'ils savaient et qu'ils ne disaient rien ; ce que je me refuse à penser de la part de ces esprits assoiffés de vérité qui nous ont démontré si souvent, qu'ils étaient éloignés d'une écriture " partisane et caricaturale de l'histoire " !

Les massacres d'Européens le 5 juillet 1962 doivent assurément être reconnus et éclairés, mais à les renvoyer, comme le fait Jean-Pierre Lledo, à une soi-disant barbarie inhérente aux Arabes, de l'Algérie d'alors à la Syrie d'aujourd'hui, on s'écarte du nécessaire travail historique et bascule dans une instrumentalisation partisane et caricaturale de l'histoire.

Les historiens: Dalila Aït-el-djoudi, Omar Carlier, Etienne Copeaux, Ali Guenoun, Mohammed Harbi, Jean-Robert Henry, James House, Gilles Manceron, Claire Mauss-Copeaux, Gilbert Meynier, Tramor Quemeneur, Alain Ruscio, Benjamin Stora.
et
Lhaouari Addi, sociologue,
Sanhaja Akrouf, militante associative,
Tewfik Allal, Manifeste des libertés,
Sidi Mohammed Barkat, enseignant-chercheur,
Yahia Belaskri, journaliste et écrivain,
Ali Bensaad, géographe,
Abderrahmane Bouchène, éditeur,
Alice Cherki, psychanalyste,

1. http://www.huffingtonpost.fr/benjamin-stora/oran-massacres-1962_b_4302102.html?utm_hp_ref=international
2. http://www.huffingtonpost.fr/jean-pierre-lledo/algerie-massacre-oran-5-juillet-1962_b_4212037.html
3. http://www.temoignagechretien.fr/ARTICLES/International/Saddek-Benkada %3B-%C2%AB %3BCest-lOAS-qui-a-p

La réponse de Jean Pierre Lledo
Si le scrupule est ce qui différencie les historiens des idéologues, Stora et Manceron font assurément partie de la seconde catégorie. Leur dernier texte fait étalage de plusieurs formes de manipulation indignes d'historiens. Et pour m'en tenir aux seules mises en cause de ma personne, en voici de multiples preuves.

1 - " Le cinéaste documentariste Jean-Pierre Lledo a lancé le 5 novembre 2013 sur le site du Huffington Post une pétition internationale intitulée " 5 Juillet 1962 à Oran, Algérie " ".

Deux mensonges dès la première phrase. J'avais pourtant donné toutes les informations dans mon billet. Il indiquait que je n'en étais qu'un des co-auteurs. Et dans le site de la pétition, également communiqué, on pouvait lire que la pétition a été écrite le 5 Juillet 2013. Ces deux mensonges ont une fonction : amalgamer une pétition émanant d'un collectif, avec mon propre article. Or l'amalgame est l'un des principaux procédés de tous les commissaires politiques de la pensée.

2 - Dès la première phrase le lecteur apprend que je suis '' cinéaste documentariste ''

Mais bizarrement ces historiens occultent le seul film réalisé à ce jour sur le massacre du 5 Juillet 1962 à Oran, le mien: '' Algérie, histoires à ne pas dire ''. Les 40 minutes de la quatrième et dernière partie de mon dernier film raconte précisément ce que fut cette journée et les suivantes, dans un quartier d'Oran, La Marine. Et les protagonistes sont tous Algériens d'origine arabo-musulmane. Tous des témoins actifs ou passifs.
Occultation doublement problématique, puisqu'ils m'opposent un film qui témoigne d'une agression contre une famille juive, qui n'a eu lieu ni à Oran, ni ce jour-là. Pourquoi citer alors un film qui ne peut être un contre-témoignage. C'est une '' enquête honnête et scrupuleuse '', précisent-ils. Sous-entendent-ils que mon film serait malhonnête et faussaire ? Je ne sais comment caractériser cette forme subtile de rhétorique qui consiste à diffamer en occultant l'objet même du '' délit ''. Mais elle n'est ni '' honnête (ni) scrupuleuse ''.
Si mon film est tel que Stora et Manceron le laissent entendre, pourquoi alors ce dernier a-t-il soutenu mon film durant l'année 2008, au nom de la Ligue des Droits de l'homme, m'accompagnant dans de nombreux débats en France? Pourquoi encore ces derniers jours a-t-il tenu à m'écrire ceci : '' J'ai soutenu Algérie histoires à ne pas dire, je ne le regrette pas et je continue à le soutenir, car c'est un beau film et je ne peux pas revoir la séquence finale sans avoir les larmes aux yeux. ''. Schizophrénie ?
La cinéaste Hélène Cohen, que je ne connais même pas, a cru bon de se solidariser d'une telle accusation. Au nom de quoi, je n'en sais rien. Moi, si ma famille avait disparu, puisque tel est semble-t-il le sujet de son film, j'aurais exigé de ces historiens qu'ils signalent qu'entre le 19 Mars 1962 (cessez-le-feu signé à Evian) et le 5 Juillet 1962, il y eut des milliers de disparus juifs et chrétiens, sur l'ensemble du territoire algérien, preuve que le FLN et l'ALN avaient opté pour une nouvelle forme de guerre afin de ne pas paraitre remettre en cause ce soit disant '' cessez-le-feu ''...
S'agissant du massacre du 5 Juillet 1962 à Oran, des historiens dignes de ce nom, loin d'occulter mon film, n'auraient-ils pas dû au contraire le prendre en compte, puisque c'est le seul document existant où l'on peut voir des acteurs de cette journée témoigner ? Plus, n'auraient-ils pas dû, sans même crier à la censure, au moins s'étonner qu'un tel document inédit n'ait jamais été programmé, à ce jour, par aucune chaîne de TV française ? Y compris durant l'année du 60eme anniversaire de la fin de la guerre d'Algérie et de son indépendance en 2012, année durant laquelle au moins une centaine de programmes divers relatifs à cette guerre ont été produits et diffusés ?
Mais comment ceux qui parrainent en France une historiographie plus vouée à substituer aux mythes coloniaux d'autres mythes anti-coloniaux, en auraient-ils pu être capables ?
'' Algérie, histoires à ne pas dire '' fut en Février 2008, je le signale, présenté en avant- première par le Directeur de la Cinémathèque française, Serge Toubiana et salué par toute la presse française de cinéma, le Monde lui accordant même un troisième de page.
Les cosignataires, essentiellement algériens, n'auraient ils pas dû de leur côté en profiter pour s'élever contre l'interdiction de ce film en Algérie depuis 2007, pays coproducteur, et dont j'ai la nationalité ? Le bannissement de la censure n'est-elle pas la condition préalable pour que puisse s'écrire une histoire véritable, apaisante et réconciliatrice ? Signataires et cosignataires, tous ensembles, n'auraient-ils pas dû exiger de l'Etat algérien qu'il
ouvre enfin ses archives afin que les historiens algériens puissent commencer à faire leur travail ? Non, tous ensembles, ils préfèrent recommander.... que l'on rediffuse plus largement le film qui leur sied. A commencer par son auteur, la cinéaste Cohen elle-même (charité bien ordonnée...!). Qui parlait d'honnêteté et de scrupule ?
Je note par ailleurs l'absence bien curieuse parmi les cosignataires algériens de Fouad Soufi et de Saddek Benkada, cités comme les seuls universitaires algériens à avoir communiqué sur le 5 Juillet 62. Est-ce parce que le premier a été longtemps à la direction des Archives, oranaises d'abord, nationales ensuite, et le second longtemps Maire d'Oran, postes qui auraient dû leur permettre d'accéder à des archives plus qu'intéressantes pour ce massacre d'Oran ?
Leur absence s'explique-t-elle par la peur de ceux qui les ont placés à de telles responsabilités, puisque chaque Algérien sait qu'on ne peut y accéder sans l'aval du FLN, ou/et de la Sécurité militaire ? A moins que ce ne soit tout simplement la peur d'avoir à répondre de cette trahison vis-à-vis de leur propre conscience professionnelle qui consiste à s'accommoder de ce scandale qu'est l'inaccessibilité des Archives ?

3 - Ayant commencé leur réponse par deux mensonges, ces auteurs ne pouvaient finir que par une diffamation.

Plus riche, j'aurais pris un avocat. Selon eux, j'expliquerais '' les massacres d'Européens le 5 juillet 1962 '' par une '' barbarie inhérente aux Arabes, de l'Algérie d'alors à la Syrie d'aujourd'hui ". Je sais qu'en France la meilleure manière de déstabiliser son adversaire est de le traiter de raciste, vu que tout le monde est devenu, dernièrement, antiraciste (quelle bonne nouvelle !). Mais la mode n'en rend pas moins délictueux les auteurs, ni moins manifeste leur volonté de nuire.
Je parle, il est vrai, de ''massacres'', mais ces historiens spécialisés dans l'histoire franco algérienne, s'ils n'ont jamais cru de leur devoir d'écrire sur la journée la plus sanglante de la guerre d'Algérie, ne peuvent non plus les nier. Ils précisent même: '' crimes odieux ''.
Mon texte insistait lourdement sur le fait que tenter de faire porter '' au peuple '', la responsabilité de ces massacres est une lâcheté. Tous les grands génocides ont mêlé l'organisation par le haut et la barbarie par le bas de certaines parties de la population. Et à Oran, ce 5 Juillet 1962, il en fut ainsi. Le constater serait-ce du racisme quand il s'agit de populations arabo-musulmanes ?
Alors sur quoi se fonde leur jugement sans appel ? Sans doute sur le témoignage de cet ouvrier communiste arabe, ami de mon père, qui me fit le récit de cet Européen tué devant ses yeux, dans le quartier Victor Hugo, dont on avait ouvert le ventre et mangé le foie. Au moment du montage, je l'écartai pour ne conserver que les témoignages du quartier choisi, la Marine, mais ce témoignage, filmé, est toujours conservé dans mes rushes, et dans ma propre mémoire.
J'avais donc toute légitimité pour le citer dans le Huff Post. Et c'est précisément pour éviter d'encourir le reproche qui m'est injustement fait par ces historiens, que je pris la précaution de le replacer dans une histoire, celle de l'islam même. Tout musulman sait en effet que pareille mésaventure arriva à l'oncle du Prophète Mohamed, Hamza b. Abdalmouttalib, et que depuis cette époque, dans des périodes de djihad, de pieux combattants, sans doute par vengeance, font subir le même sort à leurs victimes.
Ce fut le cas dernièrement en Syrie, dont fut témoin le monde entier, puisque l'acte chirurgical fut filmé en direct. Ce dépeçage, doublé de cannibalisme n'a jamais cessé d'être pratiqué depuis les débuts de l'Islam, et il continue de se pratiquer, sous toutes les latitudes par toutes sortes de djihadistes. En Algérie, il y a quelques années, par les djihadistes du GIA, et encore quelques années avant par ceux de la '' guerre de libération ''.
Mieux connaitre l'islam, outre que c'est un minimum quand on se spécialise dans l'histoire d'un pays musulman, aurait évité aux deux historiens de considérer que de tels faits sont des bavures ou '' des faits de délinquance pure ''. Mais aussi d'identifier Arabes et islam, (comme s'il n'y avait pas des Arabes chrétiens) et d'attribuer aux premiers une procédure qui relève du second. Enfin, de m'accuser de façon diffamatoire de '' renvoyer à une soi-disant barbarie inhérente aux Arabes '', comme ils l'écrivent !
Mensonge direct ou par omission, occultation, amalgame, fausse accusation, déduction abusive, tout cela en deux pages. Plutôt qu'une conception de l'histoire et une déontologie de chercheurs soucieux uniquement de vérité, ne sont-ils pas la marque d'une velléité totalitaire plus proche de celle d'un procureur à la Vychinski?

Le Collectif à l'origine de la pétition sur les massacres d'Oran du 5 juillet 1962 explique ses motivations

Les historiens Benjamin Stora et Gilles Manceron mettent en cause notre démarche bien qu'ils n'aient jamais publié la moindre étude scientifique sur le massacre d'Oran. Leur texte est cosigné par un " contre-collectif " franco-algérien, hétérogène et sans autre légitimité. Sont cités quelques travaux relatifs à cet événement : le moins qu'on puisse dire est que ceux-ci sont restés jusqu'alors confidentiels.
Les références au livre, plaidoyer pro domo du général Katz, commandant alors la garnison française à Oran, relève de la plaisanterie. Citer la préface à ce livre de Charles Robert Ageron constitue une provocation dès lors que celui-ci évalue le nombre de victimes à quelques dizaines. Les proches des centaines de ces malheureux enlevés, égorgés, ensevelis au Petit Lac apprécieront. Expliquer exclusivement le déchaînement de violences du 5 juillet par l'action de l'OAS, les mois précédents, c'est exprimer une conception de l'histoire partiale et hémiplégique.
L'an dernier, le Président François Hollande a reconnu officiellement, au nom de la France, la répression du 17 octobre 1961 contre les Algériens à Paris. L'année précédente, alors qu'il n'était que candidat à la Présidence de la République, le même François Hollande a jeté, symboliquement, une gerbe de fleurs dans la Seine, en hommage aux victimes, en compagnie de son ami Benjamin Stora.
Nous ne demandons rien d'autre qu'une pareille reconnaissance, ne serait-ce que pour permettre aux familles des victimes, encore de ce monde, de pouvoir accomplir un travail de deuil, impossible à assumer depuis plus d'un demi-siècle. Ce n'est qu'à ce prix que l'on pourra enfin parler d'une " réconciliation des mémoires ".
Qui parle d'honnêteté sur le massacre à Oran en 1962 ?

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Mis en ligne le 30 novembre 2013
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