Rabah Kellif
Un géant dans un monde de nains
Le 5 juillet 1962, c'est plusieurs centaines de civils innocentsqui ont été enlevés ou assassinés à Oran par des fanatiques algériens, le jour de la proclamation de l'indépendance. Pourtant 18000 soldats français, gendarmes et CRS étaient présents dans la ville ce jour-là, sous les ordres du général KATZ, ils sont cantonnés dans les casernes et ne doivent pas en sortir (ordre de Charle de Gaulle, selon des données historiques et avérées). La plupart n'ont jamais été retrouvés, sauf ceux qui atrocement mutilés jonchaient les rues ou étaient pendus par la gorge à des crochets de boucher.

Mais un officier musulman, le Lieutenant Rabah KHELIF, a des renseignements concernant ce qui se passe à Oran, il téléphone au colonel commandant le secteur, qui lui répond " c'est affreux, je sais, mais les ordres sont les ordres ".

Avec son caractère bien trempé, et sa conscience patriote, il décide d'intervenir, il nous raconte :

"Je commandais la 4e Compagnie du 30eme BPC. j'étais le seul officier FSNA, (Français de Souche Nord Africaine ndlr) disions-nous à l'époque, dans cette unité de chasseurs, unité d'élite (...) Ayant eu des renseignements qui m'affirmaient que les membres du FLN ramassaient dans Oran et sur les routes les pieds-noirs et bien sûr les Musulmans qui étaient pro-français, pour les amener dans des camions et les fusiller avant de les jeter dans le Petit Lac, qui, paraît-il, actuellement serait cimenté. (Je préfère parler au conditionnel puisque je n'ai pas vu ces actions, elles m'ont été rapportées).
J'ai téléphoné au colonel commandant le secteur qui était mon patron hiérarchique le plus élevé et à son adjoint. Le commandant m'a dit
: "Khellif je comprends très bien ce que vous ressentez, je vous laisse faire selon votre conscience, mais attention! Je ne vous ai rien dit. "

J'ai considéré cette réponse comme un feu vert et un encouragement.

" J'ai alors embarqué la moitié de ma compagnie dans les camions dont je pouvais disposer et je me suis dirigé, sans ordre, vers un des points de regroupement, qui se trouvait devant l'ancienne Préfecture à Oran qui doit toujours être Préfecture aujourd'hui et là effectivement, j'ai vu, d'un part une colonne, colonne par trois ou quatre, de femmes, d'enfants, de vieillards pieds-noirs, des centaines, qui étaient gardés par la valeur d'une section du FLN et qu'on s'apprêtait à embarquer pour une destination inconnue. Devant la Préfecture, il y avait un planton. Je demande à ce planton où se trouve le Préfet. Il m'a montré un monsieur, petit, costaud, chéchia rouge qui grimpait les escaliers de la Préfecture. J'ai donc en trois enjambées rejoint ce Préfet et je lui ai dit : " Monsieur le Préfet je vous donne cinq minutes pour libérer tous ces gens là, sinon on fera tout sauter. " Le Préfet en question n'a pas répondu, il est redescendu avec moi et il a été voir le patron de la section du FLN. La palabre n'a pas duré longtemps. Les gars du FLN sont montés dans leur camion, sont partis. le Préfet est venu avec moi et a dit à tous ces braves gens, les pieds-noirs: " Vous êtes libres ".
Oh ! C'était la joie "

Je reverrai toujours cette scène hallucinante de femmes d'enfants et de vieillards qui pleuraient, poussaient des cris hystériques, courants, tombant les uns sur les autres…

(S'étant quelque peu éloigné de son détachement, le capitaine Kheliff fut ensuite frappé et blessé par des civils algériens. Ses hommes vinrent le dégager, mais il évita de faire ouvrir le feu.)

Quelqu'un est venu me trouver et m'a signalé qu'il y avait des gens blessés. Je les ai fait mettre à l'abri pour se faire soigner. Puis j'ai installé des patrouilles sur les axes routiers qui menaient au port ou à l'aéroport, car j'ai appris qu'on arrêtait les gens qui fuyaient, qu'ils soient musulmans ou européens d'ailleurs. C'était la population ou des gens armés ne faisant même pas parti de l'A.L.N., qui les arrêtaient, les volaient, les tuaient.

J'ai donc mis des contrôles pour éviter cela et je les arrachais littéralement aux mains de la population. Au risque de ma vie, souvent, je les escortais jusqu'au port, parfois seul dans ma Jeep, avec simplement mon chauffeur et mon garde du corps. J'ai fais cela en ayant le sentiment de ne faire que mon devoir. "

Il est mis aux arrêts de rigueur, et convoqué par le général Katz qui l’admoneste sévèrement, avec une grossièreté indigne, allant jusqu'à lui dire : « Si vous n'étiez pas arabe, je vous casserais. » ou : " Si vous aviez été un officier français (et qu'était-il sinon cela ?) je vous casserais sur le champ !" selon une autre version, ndlr)

Il dut être ramené d'urgence en France pour éviter des représailles. Bien que sa carrière soit alors freinée, il parvient au grade de capitaine. En 1967, il quitte l’armée, pour raisons de santé.

Le capitaine Rabah Kheliff n'a jamais pu revoir son pays natal, ni les survivants de sa famille restés en kabylie.

L’armée rendra néanmoins hommage au lieutenant Kheliff, le 11 juillet, sous la plume du colonel Nicolas, commandant le sous-secteur est d’Oran et le 67e Régiment d’Infanterie :

« Calme, énergique, et discipliné, a fait preuves des plus belles qualités de Chef et d’homme en s’exposant, personnellement, au cours d’une manifestation, le 5 juillet, pour sauver plusieurs européens dont la vie était menacée. A été molesté en transportant des blessés en lieu sûr, mais gardant un remarquable sang-froid, a contribué à rétablir le calme sans effusion de sang. »

Né en 1933 en Kabylie, ancien enfant de troupe, ce fils d'officier français s'engagea en 1951 (à 18 ans) pour combattre pour la France en Indochine pour servir sa mère-patrie la France, à laquelle il vouait un attachement indéfectible. Blessé et fait prisonnier à Dien Bien Phu, il rentre en Métropole en 1954 et repart bientôt pour l'Algérie où il servira comme officier jusqu'en 1962. Il est décédé le 3 novembre 2003. Il n'avait que 70 ans. Il était le créateur et le président de l'Union nationale des Anciens combattants français musulmans. Dès sa mise à la retraite de l'armée, il s'était consacré à la défense des droits de ses camarades de combat français musulmans, souvent désarmés, devant une administration tatillonne et ingrate.

Il a été présent jusqu'à son dernier souffle aux côtés des anciens combattants et harkis qu'il a défendus de toutes ses forces. Il dénonçait sans cesse la trahison de l'Etat et n'hésitait pas à intervenir aux plus hauts niveaux pour apaiser leurs souffrances. Il avait tenu à organiser lui-même la journée nationale du 25 septembre dernier à Lyon en hommage à leur tragique destin. Ce fut une réussite mémorable à laquelle, épuisé, il n'avait pu assister. Il avait réussi à obtenir du président de la République que le "25 septembre" soit célébré tous les ans sur tout le territoire.

Rabah Kheliff était commandeur de la Légion d'honneur et de l'Ordre national du Mérite.
Profondément croyant, il avait été un des fondateurs de la grande mosquée de Lyon dont il assurait la présidence et l'indépendance dans un cadre intégralement français. Il disait à qui voulait l'entendre qu'il était français d'abord et musulman ensuite, et s'opposait à tous ceux qui, sous prétexte de double nationalité, se considérent chez nous en simple subsistance.

"Nous, les Patriotes Français de souche nord africaine, aimons trop la France pour permettre à quiconque de l'insulter ou de cracher sur son drapeau pour lequel nous avons versé tant de sang, donné notre jeunesse et la vie de beaucoup des nôtres.
Alors la France qui a accueilli des étrangers de toutes origines et nationalités, doit être respectée chez elle, et ceux qui ne l'aiment pas doivent avoir la décence de ne pas manger son pain et de ne pas cracher dans la soupe qu'elle leur sert." R.K

http://www.coalition-harkis.com/actualites/162-marianne-trahie-par-ses-representants-comme-les-harkis-.html

voir son intervention dans un débat télévisé au sujet des Harkis :
http://www.ina.fr/video/I06184168/debat-plateau-2-sur-les-harkis.fr.html

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Mis en ligne le 11 juillet 2011

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