Un accueil souvent déficient et réticent en métropole

Apres l'indépendance de l'Algérie, le gouvernement français a été débordé par l'arrivée des réfugiés. Il n'avait pas prévu un exode aussi massif et brutal. Tout au plus prévoyait-il 200 000 à 300 000 départs échelonnés sur deux ans pour la métropole, pour la plupart temporaires.
Or il arrive près de 650 000 personnes, dénuées souvent de tout ou presque, pendant la seule année 1962.
Les services d'accueil sont submergés, tout manque pour les accueillir. Il faut en urgence réquisitionner des écoles, des locaux désaffectés, des entrepôts, des gymnases et autres bâtiments pour les abriter. Il faut nourrir, soigner et réconforter des dizaines de milliers de personnes choquées par leur départ précipité, perdues dans cette France ou beaucoup n'ont pas d'attaches. Marseille est au bord de l'asphyxie ; les capacités d'hébergement de la cité phocéenne sont épuisées dès le 2 juillet 1962.

Pour couronner le tout, on multiplie les tracasseries administratives à l'encontre des rapatriés : ils doivent par exemple solliciter un visa de sortie pour entrer en France.
On ne prend pas toujours en compte leur absence de moyens financiers. La SNCF notamment ne leur accorde pas de réductions pour les transporter. Les difficultés de tous ordres auxquels ils sont confrontés, l'accueil réservé, le climat, ce pays qu'ils connaissent si peu, provoquent en particulier pendant l'hiver 1962-1963 un nombre impressionnant de suicides parmi les rapatriés. Beaucoup touchent le fond du désespoir et n'ont plus de ressort, victimes de dépressions sévères.
Très vite, devant cet afflux, un phénomène de rejet des rapatriés d'Algérie se manifeste parmi de nombreux Français de métropole. Selon un sondage IFOP en 1962, 62 % des métropolitains refusent toute idée de sacrifice pour aider les Pieds-Noirs. De nombreux métropolitains pensent que la France ne peut pas accueillir un si grand nombre de rapatriés. Ils oublient que l'Allemagne a accueilli entre 1944 et les années 1950 des millions de réfugiés d'Europe de l'Est.

A Marseille, ou débarque le plus grand nombre de rapatriés, le maire Gaston Deferre déclare dans le journal Paris-presse L'intransigeant du jeudi 26 juillet 1962 : " Marseille a 150 000 habitants de trop. Que 1es pieds-noirs aillent se réadapter ailleurs. "
Alain Peyrefitte fait observer avec 1égereté : " C'est un afflux de vacanciers ".
Le députe communiste François Billoux émet cette recommandation dans L'Humanité du 5 juin 1962 : " Ne laissons pas les repliés (sic) d'Algérie devenir une réserve du fascisme. " La presse, la RTF (une seule chaine en 1962) et la radio ne sont pas tendres avec les nouveaux arrivants.
Ceux qui vont s'installer en Corse, dans la plaine d'Aléria en particulier, pour cultiver la vigne, les légumes et les agrumes, sont l'objet de manifestations d'hostilité de Corses, jaloux des aides qu'ils ont reçu pour s'installer et inquiets de cette concurrence d'experts renommés pour ces cultures.

Que ne dit-on pas au sujet de ces foules désespérées. Les Pieds-Noirs, les colons - ces termes ont souvent une connotation péjorative en France - n'ont que ce qu'ils méritent. Tout est de leur faute : ce sont eux qui ont perdu l'Algérie. C'étaient des exploiteurs.
Ils sont bruyants, excessifs. Comment s'étonner, dans ces conditions, que de nombreux Pieds-Noirs conçoivent de l'amertume. Beaucoup concluent : " On ne veut pas de nous. " Heureusement, il y a des âmes charitables pour les aider, s'apitoyer sur leur désarroi et leur détresse. Progressivement, la situation des rapatriés s`améliore. Des aides leur sont accordées pour refaire leur vie.

Elles susciteront bien des jalousies parmi les métropolitains.
Il faut aussi le dire : la majorité des rapatriés se démène avec énergie pour trouver du travail et un logement. La plupart d'entre eux mettront un point d'honneur à ne pas s'inscrire au chômage. Les associations d'entraide aux rapatriés font un travail considérable.

Guerre d'Algérie 1954-1962
Bernard CROCHET- Gérard PIOUFFRE


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Mis en ligne le 28 avril 2011

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