Dans son Bloc notes du 08 décembre 2005, dans l'hebdomadaire " le Point " N°1734, BHL (pas le Bazard de l'Hôtel de Ville, l'autre), écrivait : " ...le célèbre et fétide " C'est nous les Africains qui revenons de loin... "- fétide, oui, inexcusablement vulgaire, je n'insiste pas... Quant au fond..."
Ce phare de la pensée que le monde entier nous envie, ce va-t-en guerre quand c'est pour verser le sang des autres, ce conseiller militaire éclairé, l'homme qui murmure à l'oreille des chefs d'états, de sa plume infatigable, inscrivait en lettre rouge la condamnation sans appel, de ce chant guerrier.
Le deuxième conflit mondial engagea environ 500 000 hommes des " colonies" , toutes origines et religions confondues.
Plus de 30 000 de ces combattants ne revirent jamais leur foyer.
Beaucoup sont revenus marqués à tout jamais dans leur âme et dans leur corps. Tous ont chanté ensemble ce chant fédérateur, rassemblés autour du drapeau français. Leur sacrifice méritait mieux que ce jugement grossier et ces qualificatifs nauséabonds. Ce chant militaire porte le sang la sueur et les larmes de ceux qui ont mêlé leurs voix, pour réaliser une aspiration commune : libérer la Patrie.
On peut bien sur se boucher les oreilles, et détester la musique militaire. Celà n'empêche pas le respect dû à ceux qui nous ont permis de devenir ce que l'on est. Profiter de la liberté qu'ils nous ont rendue pour se permettre d'écrire tout et n'importe quoi est outrancier et injurieux. Surtout lorsque l'on est un intellectuel qui suinte de prétention et qui assène, comme d'autres médiatiquement surexposés, sa vérité unique qui n'autorise aucune contradiction.
Tunisie, Corse, Italie, France, jusqu'en Allemagne résonnera ce chant qui n'a de fétide que l'odeur de la mort dont il est imprégné. Et s'il est vulgaire c'est dans son acception première c'est à dire : " ordinaire ".
Oui ! Ce refrain fut repris avec enthousiasme par des hommes ordinaires, qui ont accompli l'" extraordinaire ".

Ce chant, entonné par tous les anciens de l'Armée d'Afrique, est une œuvre du Capitaine Félix BOYER, Chef de la Musique Régionale des Chantiers de la Jeunesse d'Afrique du Nord. A vrai dire, l'origine en remonterait à la Grande Guerre.
La légende dit que le Commandant REYJADE - des Tirailleurs Marocains - écrivit, en 1915, une marche destinée aux troupes marocaines qui commençait ainsi :

" C'est nous les Marocains, qui arrivons de loin ".

Une autre source attribue le texte au Sergent BONDIFALA et au Tirailleur MARIZOT, en 1915, sur la musique de l'Hymne de l'Infanterie de Marine.
Plus prosaïquement, les paroles sont de Jeanne DECRUCK, en 1915, sous le pseudonyme de REYJADE. Décédée en 1954, elle était aussi connue sous le nom de Jeanne BREILH, BREILH-DECRUCK, ou FAY-BERYL (source S.A.C.E.M.).

En 1940, le Capitaine Félix BOYER fut libéré par les Allemands en tant qu'ancien combattant de la Grande Guerre. Récupéré par le Général de La PORTE du THEIL, placé à la disposition du Commissaire Régional des Chantiers de la Jeunesse Française, Alphonse, S. VAN HECKE, il reçut la charge d'organiser la Musique d'Afrique du Nord à Hussein-Dey.
Le Capitaine Félix, Frédéric, Marius BOYER reprit les marches de l'Armée d'Afrique composées en 1915. Les " Africains " devinrent le chant de gloire des Chantiers de la Jeunesse Française d'Afrique du Nord dans les Groupements, les Districts, les Sections de l'A.D.A.C. (Association des Anciens des Chantiers), à Rabat, à Alger, à Oran, à Constantine et à Tunis.

" C'est nous les Africains, qui arrivons de loin "

Le chant est dédié au colonel Van Hecke, commandant du 7e régiment de chasseurs d'Afrique, issu des Chantiers de la jeunesse d'Afrique du Nord. Nommé Chef de Musique de la Garnison d'Alger, le Capitaine Félix BOYER rebaptisa officiellement cet hymne :
" Chant de guerre des Africains "

La nouvelle Armée d'Afrique l'adopta aussitôt et l'emmena dans ses campagnes de Tunisie, d'Italie, de France et d'Allemagne.

Actuellement, c'est le symbole du souvenir et de la gloire de l'Armée d'Afrique qui se chante " au garde à vous ".
Le Capitaine Félix, Frédéric, Marius BOYER, alias " Grasso " BOYER, est décédé en 1980 (source S.A.C.E.M.).

LES AFRICAINS (version CJF 1941 - 7ème RCA 1943) (NDLR : selon les versions le texte peut varier légèrement. Celui qui est proposé ci-dessous est le plus ancien connu - source Président Alain ABDI 7ème RCA)

CoupletsRefrain
1. Nous étions au fond de l'Afrique,
Gardiens jaloux de nos couleurs,
Quand sous un soleil magnifique
Retentissait ce cri vainqueur :
En avant ! En avant ! En avant !
C'est nous les Africains Qui arrivons de loin,
Nous venons de nos pays Pour sauver la Patrie (pour défendre le pays)
Nous avons tout quitté Parents gourbis, foyers
Et nous gardons au cœur Une invincible ardeur
Car nous voulons porter haut et fier
Le beau drapeau de notre France entière
Et si quelqu'un voulait nous séparer,
(Et si quelqu'un venait à y toucher), Nous saurions tous mourir jusqu'au dernier
(Nous serions là pour mourir à ses pieds) Battez tambours (bis), à nos amours (bis),
Pour le Pays, pour la Patrie, mourir au loin
C'est nous les Africains !
2. Pour le salut de notre Empire,
Nous combattons tous les vautours,
La faim, la mort nous font sourire
Quand nous luttons pour nos amours,
En avant ! En avant ! En avant !
3. De tous les horizons de France,
Groupés sur le sol Africain,
Nous venons pour la délivrance
Qui par Nous se fera demain.
En avant ! En avant ! En avant !
4. Et lorsque finira la guerre,
Nous reviendrons dans nos gourbis,
Le cœur joyeux et l'âme fière
D'avoir libéré le Pays (d'avoir défendu la Patrie)
En criant, en chantant : en avant !

Capitaine Francis JOSSE
(http://www.fncv.com/biblio/musiques/chants_14-18/chant_africains/historique.html.)

Il fut par la suite repris pendant la guerre d'Algérie par les Pieds-Noirs et les partisans de l'Algérie française pour affirmer leur fidélité à la métropole. Après l'indépendance algérienne en 1962, les musiques et fanfares militaires françaises ne furent pas autorisées à le jouer, car étant devenue " séditieuse ". Cette interdiction fut levée en août 1969.

Le général De Gaulle refusa que ce chant soit interprété lors des obsèques du maréchal Alphonse Juin, mort le 27 janvier 1967, lui-même Pieds-Noirs, qui fut commandant en chef de l'armée d'Italie. Il n'avait pas admis l'opposition du maréchal à sa politique algérienne.

Depuis 2 ans le préfet des hautes - Pyrénées, empêche de jouer Les Africains pendant les cérémonies de la journée des Harkis du 25 septembre et le 5 décembre journée nationale d'hommages aux morts en AFN.

Le " Chant des Africains " est, avec la " Marseillaise ", le seul chant militaire qui se chante et se joue au garde-à-vous lors des prises d'armes.

Voir aussi : http://www.babelouedstory.com/cdhas/32_boyer_africains/32_boyer_africains.html

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Mis en ligne le 11 juin 2011
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