Notification des grandes puissances européennes
À Hussein, Dey d’Alger

À la suite du congrès d'Aix-la-Chapelle de 1818, les grandes puissances européennes entendent mettre un terme aux actes de course barbaresque qui menacent depuis des siècles la navigation et le commerce en Méditerranée, ainsi qu'à la captivité des Européens.

Le 20 novembre 1818, les représentants de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie conviennent de charger les deux premières puissances d'une démarche diplomatique auprès des régences d'Afrique du Nord. Il s'agit de les avertir que la poursuite de leurs pratiques pourrait entraîner la formation d'une coalition européenne et des mesures susceptibles de menacer leur existence même.

En exécution de cette décision, deux officiers de marine, l'amiral britannique Thomas Fremantle et le contre-amiral français Pierre Roch Jurien, se présentent devant Alger en septembre 1819 afin de transmettre au dey Hussein les exigences des puissances européennes.

Le 5 septembre 1819, une notification officielle est adressée au souverain d'Alger. Elle constitue un avertissement solennel : les puissances européennes ne sont plus disposées à tolérer indéfiniment les atteintes portées à la sécurité de leur navigation et de leurs ressortissants.

Cette démarche, entreprise onze ans avant l'expédition française de 1830, témoigne du caractère déjà international de la question barbaresque. Elle montre que les tensions entre Alger et les puissances européennes dépassaient largement le cadre des seuls différends franco-algériens.

Notification du 5 septembre 1819

En rade d’Alger, le 5 septembre 1819.

Prince,

Les Puissances de l’Europe qui se sont réunies l’année dernière à Aix-la-Chapelle ont déféré à la France et à la Grande-Bretagne le soin de faire, au nom de toutes, des représentations sérieuses aux Régences barbaresques sur la nécessité de mettre un terme aux déprédations et aux violences exercées par les bâtiments armés de ces Régences.

Nous venons au nom de Sa Majesté le Roi de France et de Navarre, de Sa Majesté le Roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande, comme leurs Commissaires, vous notifier les dispositions des Puissances de l’Europe.

Ces Puissances sont irrévocablement déterminées à faire cesser un système de piraterie qui n’est pas seulement contraire aux intérêts généraux de tous les États, mais qui encore est destructif de toute espérance de prospérité pour ceux qui le mettent en pratique. Si les Régences persistaient dans un système ennemi de tout commerce paisible, elles provoqueraient inévitablement contre elles une ligue générale des Puissances de l’Europe, et elles doivent considérer, avant qu’il en soit trop tard, que l’effet d’une telle ligue peut mettre en danger leur existence même.

Mais en même temps que nous vous faisons entrevoir les conséquences funestes qu’entraînerait la continuation des pirateries qui excitent les plaintes de l’Europe, nous nous empressons, Prince, de vous assurer que, si les Régences renoncent à un système aussi désastreux, les Puissances sont non seulement disposées à maintenir avec elles des relations de bonne intelligence et d’amitié, mais encore à encourager toute espèce de rapports commerciaux qui pourraient être avantageux aux sujets respectifs. Les Puissances au nom desquelles nous avons l’honneur de nous exprimer sont parfaitement unies sur l’important objet de la mission que nous avons été chargés de remplir près de Votre Altesse, et nous sommes les fidèles interprètes de leurs intentions.

Nous espérons, Prince, qu’éclairé sur vos véritables intérêts, vous n’hésiterez pas à répondre d’une manière satisfaisante aux demandes que nous venons vous présenter. Les Puissances alliées se bornent à vouloir que les Régences barbaresques respectent des droits et des usages consacrés par toutes les nations civilisées, et si les Régences prétendaient pouvoir inquiéter à leur gré le commerce des autres nations, elles attireraient inévitablement sur elles les armes de toute l’Europe.

Veuillez donc bien, Prince, nous donner les assurances que Leurs Majestés les Rois de France et de la Grande-Bretagne attendent de vous et sont impatientes de transmettre à leurs alliées, sur un objet qu’elles ont si profondément à cœur. Mais, dans une circonstance aussi grave, des promesses verbales ne suffiraient pas. Il s’agit d’un pacte solennel de la plus haute importance pour la sécurité des navigateurs et du commerce de tous les États, et puisque nous vous déclarons par écrit les intentions des Puissances alliées, nous sommes fondés à croire que vous répondrez de la même manière à une telle démarche.

Nous nous empresserons de faire parvenir à nos Gouvernements l’engagement positif que vous nous remettrez, car nous vous le répétons, Prince, nous n’admettons pas que vous puissiez repousser des propositions qui tendent à vous faire recueillir promptement tous les avantages des rapports commerciaux garantis par le respect pour le droit des gens.

Nous sommes avec respect, Prince, De Votre Altesse, Les très humbles et très obéissants serviteurs.

FREMANTLE,

Vice-Amiral de l’escadre bleue de la flotte britannique.
Chevalier gand croix du Bain,des Guelfes, de St Ferdinand,et de St Georges,
Chevalier commandeur de Marie-Thérèse,
Commandant en chef des forces navales
de Sa Majesté, Roi du Royaume Uni,
de la Grande Bretagne et de l'Irlande et Commandeur de Sa Majesté
près les Etats barbaresques.

JURIEN,

Contre-Amiral Commandant en chef
des forces navales de la Méditerranée.
Chevalier de l'ordre royal et militaire de
St Louis, Officier de l'Ordre royal de la Légion d'honneuret Commissaire de Sa Majesté
le Roi de France près les Régences barbaresques.




À bord du vaisseau Le Colosse, le 5 septembre 1819.

Source : Eugène Plantet, Correspondance des deys d’Alger avec la cour de France, tome II, Paris, 1889, p. 542–545. Transcription du corps de la notification, sans les notes éditoriales de Plantet

https://books.google.fr/books?id=LvlBAQAAMAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=542&f=false

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Mis en ligne le 20 octobre 2026