Accueil des repliés d'Algérie
Le 9 septembre 1962 dans le journal l'Aurore
M. Battesti s'indigne des procédés inqualifiables à l'égard des repliés.

L'Association Nationale des Français d'Afrique du Nord, d'Outre-mer et leurs amis, présidée par M. Battesti, et dont le siège est à Paris (2e), 9, rue Louis-le-Grand, proteste avec énergie contre les procédés employés à l'égard des repliés, et s'indigne contre les perquisitions collectives ordonnées à Marseille à l'encontre des Français d'Algérie.
La publicité donnée autour de ces opérations policières laisse planer une telle suspicion de mauvais aloi autour des Français déjà suffisamment éprouvés, qu'elle risque d'avoir des conséquences graves, préjudiciables à l'ordre public.
Lors des vérifications d'identité, il suffit que le lieu de naissance mentionne l'Afrique du Nord ou que l'automobile soit immatriculée en Algérie, pour qu'immédiatement l'interpellé soit suspect et traité comme tel.
De tels procédés sont intolérables et heurtent nos sentiments de solidarité, de justice et de droit.

Source J.L Granier

Anecdote personnelle :

Premier trimestre 1963 aux alentours de Montélimar. Un Mistral à décorner les boeufs. La dauphine familiale immatriculée 9G (département d'Oran) difficile à maitriser. Il était préférable, pour améliorer la tenue de route de cette petite berline Renault, de lester le coffre à l'avant. Le poids du moteur à l'arrière donnait à la direction l'impression d'être assistée avant l'heure ! Prouesse donc du conducteur pour tenir la voiture dans une trajectoire stable, surtout par vent de coté. Et bien sur nécessité de garder une vitesse réduite pour éviter toute perte de contrôle.
A la sortie d'une courbe, un CRS nous intime l'ordre de nous garer sur le coté droit, sur une aire de dégagement où était garé le fourgon des forces de sécurité. Arrêt du véhicule.
Salut à peine esquissé, mine renfrogné de celui qui a dû laisser des plumes de l'autre coté de la méditerranée. Coup d'oeil appuyé et un brin dédaigneux sur les papiers d'identité. Et le cirque commença :
"Allumez vos veilleuses. Codes ! Phares ! Clignotant gauche ! Clignotant droit ! Klaxonnez !" Le fonctionnaire de police se place à l'arrière du véhicule "Freinez ! Lâchez ! Freinez ! Lâchez ! Veilleuses ! Clignotant gauche ! Clignotant droit !" Retour devant. Et rebelote ! Encore une fois. Il tourne autour de la voiture, regard suspicieux sur les pneumatiques, à l'avant, à l'arrière. Inspection des pare-chocs devant le regard gêné de son acolyte qui commençait à regarder ailleurs pour mieux cacher son embarras. Et on recommence :
Freinez ! Lâchez ! Veilleuses !.. Un bon quart d'heure kafkaïen.
Pris soudain d'un fureur littéraire, ayant finalement trouvé l'inspiration et surmonté l'angoisse du papillon blanc, le dépositaire de la force publique commença à rédiger le pensum sur son carnet de contraventions. Un belle prune comme cadeau ; A régler de suite bien entendu. Motif :

"A failli mordre la ligne jaune !"

Pendant ce temps là une aronde venait effrontément d'entreprendre le dépassement d'une 4 cv en dévorant sans vergogne la ligne interdite, au nez et aux moustaches de la maréchaussée, sans que celle-ci n'esquisse la moindre réaction. C'est qu'elle avait mis la main sur de véritables délinquants ! Pas question de se laisser distraire pour une broutille.
A la lecture de cette "infraction" autant incroyable qu'injustifiée, mon père, pris entre dérision et colère rentrée, paya sans mot dire la contribution à l'état français qui par l'intermédiaire de ce guignol devait penser que nous n'avions pas déjà assez donné. Avant de partir le cerbère de service s'adressa à mon père sur un ton cinglant ou se mêlaient haine et mépris tout en montrant de sa botte cirée la plaque minéralogique : "Changez moi ça au plus vite !". Voila ! On avait compris. Il avait eut sa vengeance.
Pendant fort longtemps cette contravention a trainé dans les papiers de famille, jusqu'au jour où, retrouvée fortuitement sans doute, lors d'une recherche quelconque sur un tout autre sujet, dans un mouvement de rage ou de dépit, elle partit aux ordures d'où elle n'aurait jamais dû sortir, emportant avec elle la réalité d'une humiliation de plus.
Mais l'exorcisme ne fut pas suffisant. Le souvenir de cette bassesse vexatoire flotte encore parfois, sans savoir exactement ce qu'elle entretient encore ; Un sentiment de pitié vis à vis de ce pauvre type dérisoire dans son désir d'exercer une vendetta sordide, ou la brulure de l'affront enduré. Sans doute un subtil mélange des deux...

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Mis en ligne le 11 janvier 2011

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